
Couronnée de succès et devenue indissociable du monde de la décoration : la célèbre marque danoise HAY. Nous avons rencontré le duo fondateur et couple Rolf et Mette Hay pour une interview, et avons échangé avec eux sur leurs modèles, leurs visions et leurs valeurs. Et quel meilleur décor pour cela que la Hay House ? Situé en plein cœur de Copenhague, le showroom et la boutique Hay sont un incontournable sur la bucket list de tout passionné de décoration.
Merci beaucoup à vous deux pour votre temps ! Que représente la Hay House, et pourquoi ce lieu si particulier a-t-il été choisi ?
R & M : La Hay House est en quelque sorte la porte d'entrée de notre univers - c'est ici que les visiteurs peuvent découvrir et explorer l'ensemble de notre spectre créatif. Cet emplacement au cœur de Copenhague équivaut à une invitation subtile à pénétrer justement dans cet univers.
Qui a eu l'idée de fonder la marque Hay ? Quelle était l'idée et quelles valeurs se cachaient derrière ?
R & M : Nous avons toujours su ce que Hay devait représenter, et ce que nous voulions. La création de Hay est intervenue à une époque où le design mobilier danois se caractérisait surtout par les classiques des années 50 et 60. Ce type de design avait un prix, et était donc réservé à une clientèle restreinte. Hay devait rendre le design danois plus accessible, et lui donner un ton nouveau, moins conservateur.

Et selon vous, comment la marque est-elle devenue aussi grande ?
R & M : Il s'est vite avéré que notre démarche avait touché une corde sensible - d'abord au Danemark, puis, avec le temps, au-delà des frontières. Nous avons enfin rendu accessible au grand public un design de qualité, imaginé par les esprits les plus reconnus du secteur.

Quelle est la vision de Hay, et la Hay House reflète-t-elle cette vision ?
R : La vision de Hay - ou plutôt sa mission - peut se décrire le plus simplement ainsi : nous voulons créer des produits design de haute qualité avec les meilleurs designers du monde - à des prix justes. Notre moteur n'est pas forcément toujours d'être simplement moins cher, mais surtout de faire les choses mieux, ou différemment.
M : Autrefois, on mettait à peine les pieds dans un magasin de meubles, sauf si on avait l'intention d'acheter un canapé. Aujourd'hui, si on jette un œil à la Hay House ou à nos autres magasins à travers le monde, on voit des enfants assis sur le canapé, iPad à la main, pendant que leurs parents regardent autour d'eux, tout comme des filles de 13 ans qui passent pour acheter quelque chose elles-mêmes. Cela reflète tout à fait notre vision.

Comment parvenez-vous à séparer vie professionnelle et vie personnelle ? Est-ce seulement possible ?
M : Parfois, on a l'impression de se trouver devant un immense puzzle, où de nombreuses pièces doivent s'assembler - mais nous sommes aussi bien organisés à la maison qu'au travail. Et bien sûr, nos deux enfants s'assurent automatiquement que la famille reste au centre de tout, quand nous ne travaillons pas.

Existe-t-il une sorte de recette du succès pour Hay ?
R : Pas vraiment une recette du succès, mais il y a certaines constantes qui traversent tout ce que nous faisons comme un fil rouge. L'une des plus importantes est probablement de rester audacieux : peu importe la force d'une marque - si l'on fait toujours les choses de la même manière, il arrive un moment où l'on cesse d'inspirer. Il est aussi important de se remettre sans cesse en question de façon critique, et de ne pas se contenter de quelque chose quand ce n'est pas encore assez bon.

Où trouvez-vous l'inspiration pour de nouvelles créations ?
M : Je m'inspire des choses, lieux et personnes les plus variés : une exposition, une nouvelle rencontre, une conversation avec d'anciens collègues. Passer trop de temps devant l'ordinateur, en revanche, c'est dangereux. D'où viennent finalement les idées, je peux à peine le dire - elles viennent, tout simplement.
R : Nous travaillons longtemps et avec soin sur une idée, parfois même trop longtemps aux yeux de certains - mais nous ne cessons de peaufiner tant que le produit n'est pas vraiment, véritablement terminé.

Comment vous êtes-vous réparti les rôles, qui s'occupe précisément de quoi en interne ?
M & R : D'une part, en tant que cofondateurs, nous sommes conjointement responsables de l'orientation de Hay, et sommes bien sûr en dialogue permanent, mais en tant que directrice et directeur créatifs, nous avons aussi chacun notre propre domaine : Rolf et son équipe s'occupent des meubles et de l'éclairage, Mette et son équipe sont responsables de la collection d'accessoires.

Qui choisit les designers pour une collaboration ?
R : C'est un processus très organique. Nous sommes en échange permanent avec une multitude de personnes et d'entreprises intéressantes - des idées de collaboration potentielle naissent alors tout naturellement.
M : L'immobilisme, ça ne nous connaît pas - nous sommes toujours à l'affût de nouvelles impulsions, et nous saisissons l'occasion dès que quelqu'un ou quelque chose nous inspire. C'est ainsi que sont déjà nées de nombreuses collaborations.

Les créations Hay correspondent-elles à vos goûts personnels, ou faites-vous surtout attention à ce que veulent les clients et aux tendances du moment ?
M : J'aime être un peu rebelle. Il nous est souvent arrivé de nous heurter d'abord au scepticisme - par exemple quand nous avons créé pour la première fois des torchons colorés et à motifs. Qui, au final, se sont extrêmement bien vendus.
R : Dans le même temps, Mette et moi avons tous les deux un sens des affaires très développé, et notre approche est très réaliste. Je suis certainement le plus traditionnel de nous deux, tandis que Mette est plus portée sur l'expérimentation. Au final, ce qui compte surtout pour nous, c'est l'honnêteté - nous soutenons chacune de nos créations.
Que préférez-vous faire pendant votre temps libre ?
M : Nous avons la chance, ici à Copenhague, d'être entourés de beaucoup d'eau. Un plongeon dans le grand bain est toujours une bonne idée - même, et surtout, en hiver, d'autant plus quand il y a un sauna à proximité.
Avez-vous des modèles ?

R : « Modèles » n'est peut-être pas le terme le plus juste, mais Charles et Ray Eames, à travers leur œuvre et leur influence, ont indéniablement exercé sur nous une influence marquante.
M : Mis à part le parallèle le plus évident - les Eames formaient eux aussi un couple -, il existe d'autres similitudes : Charles et Ray Eames avaient toujours une vision claire, leurs créations s'inspiraient directement de nouveaux matériaux et techniques de production, et ils ont ouvert de nouvelles voies à bien des niveaux. On avait l'impression qu'ils prenaient toujours plaisir à leur travail, une énergie forte se dégageait d'eux. Ce plaisir dans leur propre travail est aussi, pour nous, à la fois une motivation et une inspiration.

À quoi les fans de HAY peuvent-ils encore s'attendre dans les mois à venir / cette année ?
M & R : À de nombreuses nouveautés produits et collaborations colorées, innovantes et passionnantes, dont nous nous réjouissons nous-mêmes énormément.
Merci beaucoup à vous deux pour ce passionnant aperçu !

